Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

9782290025253

Il est parfois des jolis hasards … Alors qu’on choisissait les livres pour notre copine d’enfance, Comparse et moi, (moui, on lui prend toujours 6 livres pour son anniversaire, avec un petit objet correspondant soit au livre soit à la saison, et on lui en offre un tous les 2 mois comme ça, ça lui fait l’année !), on est tombée en plein « 3 poches achetés, 1 poche offert parmi une sélection ». Qui dit 6 livres, dit 2 gratuits, un pour Comparse, un pour moi ! Et parmi la sélection (qui bien souvent est toute pourrie !), il y avait ce livre … Comme je suis très roman historique, et que l’Écosse a ce côté fascinant …, je l’ai pris !

Le contexte historique :  Il faut se remettre un peu dans l’histoire du Royaume-Uni d’abord. Les rois anglais, grosso-modo et hors exception, depuis Henry VIII, ne sont plus catholiques, mais anglicans. Henri VIII justement, a eu 3 enfants, qui ont tous régné, mais n’ont eu aucun héritier. Du coup, il a fallu aller chercher du côté des enfants de Margaret, sœur d’Henri VIII, qui s’était mariée avec Jacques IV d’Écosse. Et on trouve Jacques VI d’Écosse qui devient alors Jacques 1er d’Angleterre en succédant en 1603 à sa cousine éloignée Elizabeth 1ere, jusque là c’est clair pour tout le monde ?!!!

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Logiquement son fils, Charles 1er, devient roi d’Angleterre et d’Écosse (et d’Irlande aussi mais n’embrouillons pas tout !!!) à sa mort en 1625, mais se fait écarter du trône par une Révolution, puis tuer en 1649.

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Puis après une période de République, en 1660, on remet le fils de Charles 1er, Charles II donc, sur le trône. (ça s’en va et ça revient lalala)

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Et lui, règne jusqu’en 1685. Notons qu’il s’est fortement rapproché des catholiques et a été assez cool avec eux vers la fin de son règne. A sa mort, comme il n’a pas d’enfant légitime (oui parce que les enfants illégitimes, ce n’est pas ça qui manque !!!), c’est logiquement son frère, Jacques II, qui lui succède. Or, ce dernier est catholique, et assez extrême dans son genre.

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Autant dire qu’il était assez impopulaire dans une Angleterre protestante. Rajoutons qu’il aimait bien les français alors là … Bref, en 1689, les nobles anglais sont allés chercher le gendre de Jacques II : Guillaume dit d’Orange, protestant bien sur, pour le mettre sur le trône (enfin, c’est sa femme Mary II, qui a été mise sur le trône, ben oui, c’est elle la successeur légitime ! Mais bon, c’est Guigui qui portait la culotte, ne nous leurrons pas !!!). Et à la mort de Mary II en 1694, là par contre, il règne seul !

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Donc résumons-nous puisqu’on en est à ce moment là dans le livre : en gros, les catholiques et légitimistes soutiennent Jacques II qui, rappelons-le, n’est pas mort, mais simplement en exil en France, et ne rêvent que de le remettre sur le trône et les anglicans soutiennent Guillaume III. Les écossais, qui ont toujours eu l’habitude de se faire persécuter par les rois d’Angleterre, aimaient bien l’idée qu’une dynastie de rois d’Écosse règne sur l’Angleterre, donc eux, ils sont à fond pour le retour de Jacques…

L’histoire : Nous sommes en Écosse, et l’histoire commence par les divagations d’une femme qui, semble-t-il est emprisonnée dans un cachot dans les Highlands alors que la neige tombe dehors, et condamnée à une mort certaine. Cette femme souffrit toute sa vie d’être incomprise et injustement traitée de sorcière.

Puis une lettre, écrite en italique, d’un homme, un irlandais visiblement, qui écrit à sa femme. On comprend par ses propos que c’est un jacobite (donc partisan de Jacques) qui enquête grosso-modo sur des mauvaises choses qu’il faudrait savoir sur la gestion de l’Écosse par Guillaume.

Nous revenons aux pensées, un peu pêle-mêle de la sorcière, sans bien les comprendre car elles sont assez décousues, pensées d’une femme qui sait qu’elle est condamnée et qui repense aux passages importants de sa vie.

Et de nouveau une lettre de l’homme, qui se nomme Charles Leslie et est pasteur. Il se trouve à Inverary, une ville des Highlands. L’aubergiste et tous les clients ne parlent que d’un massacre qui a eu lieu non loin d’ici quelques jours plus tôt : tout un clan d’écossais massacré par des soldats de Guillaume pour avoir prêté serment de fidélité au roi avec 6 jours de retard. L’aubergiste informe son hôte qu’une sorcière qui habitait Glencoe, le lieu du massacre, est détenue dans les geôles d’Inverary…

C’est alors que Charles Leslie décide d’aller l’interroger. Il emporte avec lui tout son dégoût pour ces créatures du diable. Elle passe un marché avec lui : elle sait qu’elle va mourir et personne ne connait son histoire, personne ne pourra plus jamais parler d’elle. Et en même temps, elle a vécu le massacre de l’intérieur, donc a des éléments qui intéresseront forcément Charles Leslie. Le pacte est donc le suivant : il écoute son histoire, et l’histoire se terminera par le massacre.

On repart alors dans l’enfance de cette femme dénommée Corrag, anglaise d’origine. En alternant toujours avec les lettres de Charles à Jane, sa femme.

Le vrai du faux ? Comme dans tous les romans historiques que je lis, j’aime connaitre la part de roman et la part de vérité.

En recherchant les lieux tout d’abord, nous sommes dans des lieux réels, dans les Highlands :

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Inverary existe, ça ressemble à ça de nos jours (le château et tout le reste sont postérieurs à l’époque qui nous intéresse) :

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Glencoe existe également, une vallée perdue, mais sublime, comme décrite dans le livre.

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Et sous la neige, comme la nuit du massacre, ça donne ça :

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Côté personnages, idem. Des rapports avec le roi aux personnages du clan des MacDonald en passant par les exécutants de la tragédie, tout existe. Mr Leslie semble le seul personnage inventé, simple prétexte pour que Corrag raconte son histoire.

Car elle appartient à la légende justement, et elle existe de cette façon là. Visiblement, une sorcière nommée Corrag a vécu ce massacre de Glencoe, qui lui aussi a bel et bien existé la nuit du 13 février 1692 (pour en savoir plus cliquez ici). Cette sorcière jeta l’épée de feu le chef MacDonald dans le lac en disant « Aussi longtemps que cette épée ne sera pas dérangée par un homme, aucun homme du Glen ne périra par l’épée ». Et entre ce moment et la redécouverte de l’épée à la veille de la bataille de la Somme par un bateau qui draguait le lac, aucun homme de Glencoe n’est mort au combat, ni lors de Waterloo, ni pendant tout le XVIIIeme ou XIXeme siècle, ni pendant les 2 premières années de la 1ère guerre Mondiale. Et dès le lendemain de la redécouverte de l’épée, bim, plusieurs morts…dingue non ?

Donc au final, tout est vrai, mais Corrag demeurant une légende, on n’a aucune idée de son histoire. L’auteur a donc mis tout son talent pour l’inventer et qu’elle semble complètement plausible.

Mon avis ? Un véritable bijou, pas d’autres mots.

Au départ, on a un peu les mêmes pensées que Mr Leslie, on lit les pensées décousues de la sorcière, on imagine son apparence, nourris que l’on est de toutes les images d’Épinal qui accompagnent la sorcellerie.

Mais très vite, dès qu’elle commence à raconter son histoire, on est happé, transporté totalement dans son univers. On voit les scènes qu’elle vit, l’ambiance, on tremble pour elle aussi. On se rend rapidement compte, mais on le savait déjà, que l’accusation « sorcière » était un peu un fourre-tout pour placer les femmes qui « dérangeaient » par leur intelligence ou leur savoir de guérisseuse… Et que cette femme condamnée par les hommes était la gentillesse et la simplicité même.

Les passages descriptifs sont particulièrement forts, les mots tellement justes, les sentiments tellement beaux et purs. Les paysages sont sublimement racontés, les animaux sauvages également, la connivence possible entre l’homme et l’animal… Tout ça coupe le souffle ! Ça ne fait que titiller notre fascination pour cette Écosse assoiffée de justice et de liberté.

Sur pas mal de points, on retrouve un peu l’ambiance de la série Outlander d’ailleurs où l’héroïne est une infirmière du milieu XXeme, mais est considérée comme une sorcière, au début du XVIIIeme siècle en Écosse, évidemment.

L’auteur : Susan Fletcher donc …

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Elle a 37 ans (ne pas confondre avec une de ses homonymes, écrivain également), a vécu 5 ans en Écosse et vit maintenant en Angleterre. Visiblement, l’Écosse fut pour elle un vrai coup de cœur et ça se sent tout de suite !!!

Sans le savoir, on sent tout de suite que c’est une plume féminine. Elle écrit extrêmement finement, c’est à la fois hyper précis, sensible et totalement envoûtant.  Dans une interview, elle raconte que pour elle, les lettres de Leslie à sa femme, sont presque comme des lettres de Leslie au lecteur. Il nous raconte directement ce qu’il vit dans ce cachot, face à cette femme, et nous demande à bien des reprises notre avis. Ainsi notre regard sur elle évolue au même rythme que le sien. Et sans l’avoir analysé ainsi pendant ma lecture, c’est exactement ce qui se produit !

Elle a écrit d’autres romans, plus contemporains visiblement. Le bûcher sous la neige, intitulé simplement Corrag en anglais, est son 3ème. Un 4eme vient de sortir :

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Pour résumer :

  • Zoom sur la vie d’une femme accusée de sorcellerie dans l’Écosse de la fin du XVIIeme siècle et qui fut témoin d’un massacre historique, celui de Glencoe.
  • Une plume remarquable qui transporte dans le temps, sans aucune longueur, sans aucune lourdeur, tout n’est que finesse et sensibilité pour attiser notre curiosité.
  • L’histoire est presque entièrement vraie. Tout a existé. La seule « invention » concerne la vie hypothétique de Corrag. Mais tout est si plausible qu’on finit par s’interroger sur le fait que ce livre soit un roman !!!
  • Si ce genre de thème a tendance à vous plaire : 1. Foncez lire ce livre qui se dévore tant il est bien écrit, et 2. approfondissez en regardant la série Outlander !
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