Le soleil sous la soie – Eric Marchal

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Et voilà ! J’ai enfin terminé ce livre de 922 pages ! Ok j’ai trainé, comme d’hab !!! Je manquais cruellement de temps pour lire en cette saison estivale bien chargée et c’est ma seule excuse ! C’est encore un roman historique (je n’y peux rien, j’adore ça !), mais cette fois, je ne vais pas chercher à décrypter ce qui est vrai de ce qui est romancé puisque l’auteur l’a fait pour moi : en fin de volume, il précise, en gros, que tout est réel, excepté les personnages principaux : Nicolas, Rosa, Marianne, Azlan, François et Germain, et qu’il a triché sur quelques dates de sorties de livres de chirurgie, mais vraiment une triche de très peu d’années …

L’histoire ? Nous sommes en Lorraine en 1694, autant dire : paumés ! J’ai trouvé une carte du duché au début du XVIIeme, ça donne ça pour vous situer :

Lorraine_1618-1648

Parce que la Lorraine a changé tellement de fois de camp malgré elle, qu’il est difficile de dire à qui elle est vraiment en fonction des époques. Bon, là, visiblement, elle est indépendante puisqu’elle a un duc à elle : Léopold Ier, mais qu’il a alors 14 ans et se trouve exilé en Autriche car les troupes françaises occupent le duché : c’est tout le problème lorsque vous êtes tout petit et que vous avez des gros voisins : difficile de lutter !

On fait la connaissance de Nicolas Duruet, un chirurgien extrêmement doué. Il a été formé chez François Delvaux, dit le Hérisson blanc, chirurgien à Nancy, qui est un peu son second père en plus d’être son maître. Mais il avait été contraint de partir après son apprentissage et était devenu chirurgien ambulant. Au début de notre histoire, il revient vers Nancy 3 ans après en être parti. Il est en approche puisque dans le bois voisin. Il croise un carrosse qui roule à toute allure et le retrouve un peu plus loin renversé. A l’intérieur, Rosa de Montigny et son oncle Charles qui filent vers Nancy pour rencontrer le prétendant de la jeune fille (enfin, quand même plus celui de l’oncle sur ce coup là !), le Marquis de Cornelli. Nicolas les accompagne donc jusqu’au proche village de Nomeny et soigne leur cocher au passage. Tandis qu’ils se débrouillent pour la suite, lui va dormir chez le curé, le Père Lecouteux. Or, pendant la nuit, ce dernier l’appelle au secours (décidément !) : une femme du village accouche et ça se passe mal, la sage-femme, Marianne Pajot, connait la réputation de Nicolas (incontournable donc !), et l’a envoyé chercher pour l’aider.

Après cette nuit agitée, Nicolas arrive enfin à Nancy et retrouve son maître. Assez vite, ce dernier décide de l’employer, seule manière de le faire rester. Évidemment Marianne n’est jamais loin, ils se rapprochent de plus en plus, jusqu’à un craquage dans les règles de l’art ! Leur vie à tous étaient ainsi bien installée. Mais un jour, le sort se retourne contre eux et leur joli bonheur. Nicolas est accusé d’avoir tué un personnage important, qui plus est un français, et rappelons-nous : les français sont tout puissants dans cette Lorraine. C’est évidemment faux mais le résultat est là : le seul moyen de sauver sa peau est de fuir. Ainsi commence la seconde phase importante de l’histoire : il est envoyé sur le champ de bataille hongrois, lieu de la guerre de la ligue d’Augsbourg. En gros, toute l’actuelle Europe ou presque se bat contre les Ottomans soutenus par les français. Un chirurgien sur le champ de bataille, c’est une évidence !! Mais le moins que l’on puisse dire est que le rythme va changer ! Il fait alors la rencontre de Germain Ribes de Jouan, l’autre chirurgien du camp, un bon vivant devant l’Eternel, et prend un jeune tzigane-hongrois sous son aile : Azlan. Ce dernier ne le quittera plus. Pour planter le décor, ils croisent des soldats portant cet uniforme heiduque :

heiduque

Et pendant tout ce temps où presque, leur QG est la forteresse de Peterwardein (en actuelle Serbie) :

Petrovaradin_Fortress_(Péterváradi_vár,_Peterwardein)

Et c’est lors du siège de Temesvar :

temesvar

que Nicolas rencontre le jeune duc de Lorraine catapulté chef de guerre : Léopold 1er. Tout de suite, le courant passe entre ces 2 hommes intègres, il ne cessera de passer tout au long du roman.

Drawing_of_Léopold_I_of_Lorraine_by_an_known_artist

Puis arrive le traité de Ryswick lors duquel Louis XIV dépose les armes et, entre autres, accepte d’ôter ses troupes de Lorraine. La guerre est finie, la Lorraine est libre, donc non seulement Nicolas est de retour au bercail, mais surtout, Léopold devient enfin duc ! Il fait une entrée triomphale et émouvante dans Nancy, s’installe au palais ducal qu’il n’affectionne pas plus que ça en tant que tel, mais qu’il aime plus que tout pour le symbole qu’il représente.

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Pour sceller sa super entente avec Louis XIV et un peu aussi sa paralysie totale face à lui, le géant lui donne sa nièce comme épouse : Elizabeth-Charlotte d’Orléans.

Elisabeth_Charlotte_de_Orleans

Et de ces deux là, on peut dire qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants !

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Revenons à Nicolas ! Après son retour et les déconvenues qui l’accompagnent, il finit par s’installer pour exercer son art, avec François et Azlan, dans l’hopital Saint-Charles (aujourd’hui détruit).

hopital saint charles

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Leur vie reprend son cours, oscillant entre opérations en tout genre, un peu d’amour, un peu de jeu de paume, des aventures, des mondanités…

Mon avis ? Bien que j’ai donc commencé ce livre le 13 juin dernier et ai donc mis presque 4 mois à le lire (eh oh, il y a presque 1000 pages quand même !!! 😉 ), j’ai vraiment beaucoup aimé ! Le style de l’auteur est très agréable, très fluide, avec une touche d’humour ou plutôt de légèreté, juste ce qu’il faut ! Les scènes de chirurgie sont décrites avec beaucoup de précision, l’idéal pour grimacer de dégout (vive l’invention de l’anesthésie !) !!!

Les personnages sont ainsi rendus très attachants, et ce, d’entrée de jeu : il ne m’a pas fallu plus d’un chapitre pour rentrer dans l’histoire et me passionner pour les aventures de Nicolas Duruet ! Les recherches historiques très poussées rendent, de ce que je m’imagine, très crédibles les scènes relatées. Et franchement, on ne peut pas dire que l’auteur ait choisi la facilité parce que l’histoire de la Lorraine, ce n’est pas simple !!! Mais le mérite de ce livre est de nous plonger dans cette histoire absolument passionnante et de nous faire découvrir le duc Léopold et ses bienfaits. Quand on connait la plume acérée de Voltaire et qu’on lit ce qu’il a écrit sur ce duc :

Il est à souhaiter que la dernière postérité apprenne qu’un des moins grands souverains de l’Europe a été celui qui a fait le plus de bien à son peuple. Il trouva la Lorraine désolée et déserte : il la repeupla, il l’enrichit. Il l’a conservée toujours en paix pendant que le reste de l’Europe a été ravagé par la guerre. Il a eu la prudence d’être toujours bien avec la France, et d’être aimé dans l’Empire. […] Sa noblesse, réduite à la dernière misère, a été mise dans l’opulence par ses seuls bienfaits. Il mettait dans ses dons la magnificence d’un prince et la délicatesse d’un ami. Sa cour était formée sur celle de France. On ne croyait presque pas avoir changé de lieu quand on passait de Versailles à Lunéville. […] Aussi a-t-il goûté le bonheur d’être aimé, et j’ai vu, longtemps après sa mort, ses sujets verser des larmes en prononçant son nom.

On se dit qu’il faisait partie des grands et mériterait d’être plus connu ! D’ailleurs, en me documentant un peu sur lui, j’ai tilté que son fils François s’était marié avec … l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche … donc … que Léopold est le grand-père de Marie-Antoinette ! Quand je vous dis que c’est un petit royaume qui a tout d’un grand !!!

Les recherches scientifiques aussi semblaient cohérentes avec l’époque, même si, Nicolas est vraiment présenté comme un prodige de la chirurgie qui réussit tout ce qu’il entreprend et qui sauve tout le monde, je pense qu’il devait y avoir un  taux d’échec un peu plus important sur les opérations à cette époque là !!!

Pour ce qui est de l’explication du titre, je me suis longtemps posée la question de ce qu’il désignait. J’ai trouvé la réponse, à la fois belle et émouvante, dans le roman, vers la fin.

S’il y avait un petit bémol à mettre à ce roman, je le placerai au niveau des relations amoureuses du héros … Il oscille pendant tout le roman entre Marianne la super sage-femme qui sauve tout le monde aussi, et Rosa, la marquise qui sponsorise tout ce qu’elle peut ! Il change 4 fois d’avis, et à chaque fois, c’est presque comme s’il répudiait l’autre tellement il semble catégorique, puis une fois que l’une est repartie ou a fait un truc qui ne lui plaisait pas, il retourne voir l’autre pour lui avouer qu’il est fou d’amour … Ça, par contre, c’est moyennement crédible de la part de quelqu’un qui est toujours super sur de lui … Mais bon, l’amour n’est vraiment là que pour agrémenter un peu le roman, et rajouter 2 femmes dans cet univers quasi uniquement masculin ! L’essentiel est ailleurs : sur la vie quotidienne de l’époque tant du côté peuple que du côté dirigeants, sur l’amitié entre Nicolas, Azlan, François et Germain, sur la chirurgie et ses progrès.

L’auteur : Eric Marchal, nous dit Wiki, a 52 ans, et pourtant, il n’a publié que peu d’œuvres : Influenza (en 2 tomes sortis en 2009 et 2010), Le Soleil sous la soie (2011) et La part de l’aube (2013).

eric marchal

J’ai lu à plusieurs reprises que c’était « le nouveau Ken Follett » (puisque visiblement, on ne peut exister sans être comparé à quelqu’un !), je ne trouve pas du tout ! Pour moi, le seul point commun est que tous les 2 écrivent des romans historiques ! Je n’arrive pas vraiment à expliquer mais je trouve le travail d’Eric Marchal plus abouti historiquement parlant, et le style plus posé, moins « américain » que celui de Ken Follett, qui, en plaçant des scènes d’amour un peu partout sans vraiment de raison, fait souvent oublier le fil conducteur du livre. Du reste, le sujet choisi est pointu : Lorraine, 1694, chirurgie, et tout tourne autour, ça reste central, alors que Ken fait souvent de grandes fresques historiques en abordant des thèmes beaucoup plus larges.

Reste à lire d’autres romans de cet auteur pour se faire une réelle opinion, mais il possède vraiment un petit quelque chose qui à la fois donne envie d’avancer dans le livre et à la fois donne envie de stagner tant on n’a pas envie de laisser les personnages en terminant le roman. Comme il le dit si bien : « Nicolas, Rosa, Marianne, Azlan, François et Germain sont des personnages de fiction, mais ils sont devenus tellement chers à mon coeur que je me demande aujourd’hui s’ils n’ont pas réellement existé » : c’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant ! J’ai trouvé également qu’une certaine humilité se dégageait de sa plume (autre différence avec Ken qui a un melon surdimensionné !), humilité vérifiée par les 2 petites pages d’explication de son travail en fin de roman. Il donne même un mail pour le joindre en cas d’erreurs historiques ou juste pour donner un commentaire sur son livre ! C’est vraiment une super idée !

Pour résumer :

  • Les aventures d’un chirurgien lorrain de la fin du XVIIème siècle.
  • Un livre extrêmement intéressant qui nous permet d’aborder des thèmes méconnus : l’histoire palpitante et cruciale du duché de Lorraine, l’évolution des techniques de chirurgie, la vie quotidienne à cette époque …
  • Un auteur encore assez méconnu, qui a publié 3 romans pour le moment. Mais un début très prometteur. Je ne sais si les thèmes des autres livres sont aussi passionnants mais j’ai vraiment très envie de m’y plonger pour ressentir à nouveau l’aura chaleureuse de personnages tels que Nicolas, Azlan, François ou Rosa (oui, je n’aime pas Marianne !).
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3 réflexions au sujet de « Le soleil sous la soie – Eric Marchal »

    • Moui rooooooh !!!!!! Je suis lente !!! Mais surtout je n’ai pas touché un livre entre début juillet et début septembre donc en temps effectif, je n’ai pas été si longue que ça !! Franchement, mets le dans ta pal, c’est un des meilleurs romans historiques que j’ai lu depuis longtemps ! Fonce !

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