Aux portes de l’éternité – Ken Follett

9782221110843

Comment dire … J’ai pris le titre au mot … J’ai mis une éternité à le lire !!! Depuis octobre !!! Bien que je ne sois pas une lectrice très rapide en règle générale, je pense avoir battu mon record ! 1213 pages plus tard, voyons ce qu’on peut dire de ce pavé qui est le dernier volet (Dieu merci !) de la trilogie du siècle (après La chute des géants et L’hiver du monde).

L’histoire … Logiquement, la génération d’après-guerre rentre en scène : Côté américain, les enfants de Bella et Woody Dewar : Cam et Beep, ainsi que le fils de Jacky Jakes et Greg Pechkov : George Jakes (qui est noir). Côté allemand, ceux de Carla et Werner Franck : Rebecca qui avait été adoptée à la fin de la guerre, Walli, et Lili. Côté anglais, la descendance de Daisy et Lloyd Williams : Dave et Evie. Et enfin côté soviétique, les enfants d’Ania Dvorkine : Dimka et Tania, petits-enfants de Grigori Pechkov.

Ces personnages ne sont qu’un prétexte pour regarder l’Histoire par le trou de la serrure. Ils ont tous une fonction plus ou moins proche de la politique ou du peuple : assistant de président, rocker, actrice, journaliste. Jamais eux-mêmes ne font l’Histoire, mais bizarrement, ils sont toujours là quand il faut !!

Je vais donc vous épargner une paraphrase du livre qui lui même paraphrase l’Histoire, mais on va y aller en photos tiens, ça vous permettra de chercher un peu aussi ! Nous commençons donc en 1961 …

dpa-arp-370854-jpg_241782_652x284

Puis on enchaîne en passant d’un pays à l’autre …

15_slide0002_image031

stasi

196326590

goulag

ZdmrPHwDM9OPtUuOaZAQQCkqa-o

IhaveadreamMarines

sipa_ap21481290_000012

Vietnam War/US Troops in the jungle

tumblr_mldrxvHqjX1r0gw4do1_1280

351208215_small

Et du coup, on côtoie tour à tour :

John_F._Kennedy,_White_House_color_photo_portrait

khrouchtchev1

RFK1r

rich-lyndon-b-johnson-president-1040cs021412

jean-paul-2

(Oui, personne n’est oublié !)

lead

Leonid Brejnev

ap_ronald_reagan_jef_120615_wmain

publishable

tchernenko

140525-jaruzelski-jms-1650_7bb83a799a7338cd98afb04fa2dbac6d

To match feature Poland-Walesa

Honecker und Ceausescu

(Quand je vous dis que personne n’est oublié !!!)

george-hw-bush-1992-campaign-cropped-proto-custom_28

Kohl3-kas

Voila !!!! Une bonne révision d’histoire contemporaine ! Vous les avez bien entendu tous reconnu, les scènes comme les hommes !!!! Et le livre s’achève par 2 évènements majeurs, que 20 ans séparent dans la réalité, et 2 pages dans la fiction :

mur

barack-obama-son-epouse-michelle-diaporama

Mon avis … Déçue … très déçue par Ken Follett que j’aimais jusque là beaucoup (comment faire autrement après La marque de Winfield, La nuit de tous les dangers, Les piliers de la terre, Un monde sans fin et j’en passe ?!)

Ken_Follett

Pourtant ça commençait assez bien, on était tout de suite dans le vif du sujet avec une trahison dès le 1er chapitre !!! Chouette ! Mais en fait, ce sera la seule !!!! Et très vite, ce plagia historique est devenu très lourd et très mal amené. Dans les autres tomes, il arrivait plein de choses aux personnages, je veux dire, à eux, vraiment, à travers la grande Histoire. Mais là, on a l’impression qu’ils ne se contentent que d’être au bon endroit au bon moment, comme de par hasaaaard et de regarder … La page d’Histoire n’étant pas très ancienne, tout le monde la connait et n’a pas franchement besoin de se la faire rappeler …

Sans parler des réutilisations de faits réels par les personnages, comme Evie Williams qui est une grande actrice anglaise qui cartonne aux États-Unis, et qui prend parti contre la guerre du Vietnam, en posant près des armes et des chars dans les magasines … ça ne vous rappelle rien ?

janefonda_c0-26-640-399_s561x327

Eh oui, Jane Fonda !

Parfois ça va même à la limite du plagia : démonstration avec le moment où Maria Summers, militante des droits civiques donc noire et membre du service presse de la Maison Blanche est repérée par John Kennedy…. Ça c’est le passage du livre :

– « Je suis invitée à aller nager dans la piscine du président, tu crois que je dois y aller ? (…) Tu crois que le président sera là ? » (…)

Maria s’assit en face de Dave Powers et plongea ses pieds dans l’eau. Une minute plus tard, le président apparut et le cœur de Maria s’emballa. (…) Le président s’approcha de l’endroit où elle était assise.

« Alors Maria comment ça se passe au service de presse ? » s’enquit-il avec un intérêt marqué ? (…)

Le lendemain de la séance piscine, le téléphone de Maria sonna. C’était à nouveau Dave Powers.

« Il y a une petite fête à 5h30 pour le personnel, voulez-vous vous joindre à nous ? »

« Où suis-je attendue ? »

« A l’étage. »

« A l’étage ? » L’expression désignait habituellement la résidence privée du président. (…)

Maria s’assit. Les autres membres du personnel allaient sans doute les rejoindre. Un plateau chargé de verres à cocktail et d’un pichet était posé sur la table.

« Vous prendrez bien un daïquiri ? » proposa Dave, et il remplit son verre sans attendre la réponse.

« La première dame sera-t-elle là ? J’aimerais tellement faire sa connaissance ! ».

Le silence se fit. Enfin Dave répondit : « Jackie est partie à Glen Oraé. « Elle a emmené Caroline et John John » précisa une des secrétaires.

Soudain, il entra. Tous se levèrent. Maria se sentit miraculeusement admise dans le cercle le plus select du monde. Elle vida son verre et Dave le lui remplit. Le président se leva et lui demanda : « Maria, avez-vous envie de visiter la résidence ? »

« Bien sûr » ! Elle se leva. (…)

« Par ici ». Il lui fit retraverser la salle d’attente ouest et ils franchirent la porte d’en face. « Voici la chambre de Mrs Kennedy ». Et il referma derrière eux. (…) Il l’entraina vers la fenêtre pour contempler la vue. « Que c’est beau ! » répéta Maria. Il posa la main sur son épaule. Il la regarda avec son léger sourire, si charmant. « C’est une chambre tout à fait privée » murmura-t-il. (…)

Le président avait à présent les deux mains sur ses épaules, et il la poussait doucement en arrière. Quand le creux de ses genoux entra en contact avec le lit, elle s’assit. Il continua à la pousser, jusqu’à ce qu’elle soit obligée de prendre appui sur ses coudes. Il entreprit de déboutonner son chemisier. Puis il posa ses mains sur sa poitrine. Il glissa la main sous sa jupe plissée et baissa sa culotte. Il avait le souffle court, elle aussi. Il défit la ceinture de son pantalon, le retira puis s’allongea sur elle. Il la pénétra avec une grande douceur. Puis, sentant une résistance, il s’arrêta, étonné.

– « C’est la première fois ? »

– « Oui ».

– – « Vous voulez bien ? »

« Oui ».

Certes cet extrait est un peu long, mais voici maintenant une interview donnée à Paris Match par Mimi Alford, ancienne maitresse de Kennedy (bon, elle n’est pas noire, ça fera au moins une différence !).

« Car, en juin 1962, Marion, surnommée « Mimi », n’est qu’une jeune fille naïve quand JFK la fait convier dans sa piscine privée. Elle a 19 ans, lui 45. Surtout, c’est « l’homme le plus puissant du monde », comme elle se le répète, éberluée, après leur première étreinte.

Paris Match : Comment êtes-vous devenue la maîtresse de JFK ?
Mimi Alford : Je ne me doutais pas que cela puisse ­arriver. Il m’a fait monter dans ses appartements privés, quatre jours après mon entrée au service de presse de la Maison-Blanche. J’ai cru qu’il s’agissait d’un pot de bienvenue. Il y avait du daiquiri. J’en ai bu un verre, puis deux. Quand le président m’a proposé d’aller faire le tour du propriétaire, j’étais stupéfaite et enchantée.

Comment s’est-il approché de vous ?
Il m’a montré une photo de Caroline, un buste d’un petit garçon qui ressemblait à John-John. J’étais touchée. Puis, tout doucement, j’ai senti son souffle dans ma nuque. Il m’a regardée droit dans les yeux et m’a dit : “Ici, nous serons tranquilles.” Il m’a poussée sur le lit, je n’ai pas résisté. Je l’ai même aidé à dégrafer ma robe. Cela paraît étonnant mais, quand j’y repense aujourd’hui, ce qui me frappe, c’est que tout s’est passé de manière naturelle.

Voyons maintenant un extrait du livre publié par Mimi : Une singulière histoire d’amour.

« Il se mit brusquement en face de moi et me regarda dans les yeux. Puis il me poussa au bord du lit. Je tombai à la renverse. Il déboutonna lentement le haut de ma robe-chemisier, me caressa les seins. Puis il mit sa main entre mes jambes et entreprit de me retirer ma culotte…Il enleva son pantalon s’allongea sur moi. Il s’interrompit sentant comme un obstacle.

-Tu ne l’as jamais fait ?

-Non.

-Ca va ?

-Oui… »

Troublant non ? Enfin, il la mentionne quand même à la fin de son livre, l’honneur est sauf !

Pour reprendre ce qui m’a déplu, il y a pêle-mêle …

– du manque d’imagination total : il n’a fait que prendre l’histoire du monde (en excluant, toujours la France comme dans les 2 premiers opus, et l’Angleterre qui est à peine présente cette fois-ci) : les passages tout-faits étaient déjà écrits : facile : le passage de la mort de Robert Kennedy, il a juste décrit par des mots la vidéo d’archives, idem pour la mort de John, celle de Martin Luther King, la marche noire de Washington, les discours etc.!

– un déséquilibre sur l’importance des personnages : l’histoire américaine prend clairement le pas sur la partie soviétique, sauf vers les derniers chapitres, chute du rideau de fer oblige. Ce n’était pas autant le cas des 2 tomes précédents.

– des redondances dans l’histoire de certains personnages (Tania réveillée la nuit à Prague pile quand les chars entrent en 1968, Tania réveillée en pleine nuit à Varsovie pile à l’arrestation des opposants polonais etc.),

– des portes ouvertes enfoncées (la rock star se drogue, les jeunes couchent avec tout le monde en tant que bons baba-cool, les américains ont violé des vietnamiennes innocentes etc.),

– des avis directs donnés sur certaines personnalités (Nixon un gros magouilleur – le passage du Watergate, j’avais l’impression d’être dans Forrest Gump !!! -, Reagan un looser, Bush un mec qui comprend rien et qui a toujours un train de retard, bref, il n’y a que Kennedy qui était génial !),

– des problèmes de traduction (quelle idée de traduire le mouvement des Blacks Panthers en « Panthères noires »?, tout le monde les connait !),

– des manques (on voit le début de la guerre du Vietnam, tous les discrédits de ce conflit, mais absolument pas la fin ; on laisse les personnages anglais en plan),

– une accélération du temps dans la dernière partie du livre (tout le début est détaillé au point qu’on pourrait dire les couleurs des chaussettes des personnages, puis, quand il y a moins d’évènements historiques, hop d’une page à l’autre, et parfois d’un sous-chapitre à l’autre, nos personnages prennent 10 ans, ont des nouveaux enfants,etc)

– des scènes d’amour plaquées sur le texte et sans véritable raison d’être (comme s’il en fallait tous les 25 pages pour tenir un peu le lecteur éveillé …)

Bref, je pourrais encore continuer mais je vais m’arrêter là pour que la lecture de l’article ne devienne pas un supplice aussi grand que la lecture du livre !!!

Pour résumer :

  • Le 3ème tome d’une saga sur les grands moments du siècle dernier, nous voilà dans la guerre froide.
  • Franchement quand on arrive à lire ce livre jusqu’au bout, on se dit : « Ça va, pas trop dur d’être écrivain !!! » Le livre recopie tous les livres d’Histoire et les articles de journaux. Il a juste eu quelques personnages à créer, les placer aux bons endroits pour faire d’eux les narrateurs de faits réels, souvent de manière assez lourde : on sent le truc arriver gros comme une maison !!
  • Les sentiments des personnages sont plaqués sur une espèce de schéma, tant sur le plan purement sentimental que sur le plan physique. Je n’ai réussi à m’attacher à aucun d’eux, même George à qui on pourrait mettre une auréole !
  • Aucune surprise : les gentils sont gentils, les méchants très méchants. Aucun personnage ne meurt, aucun des rebondissements dont l’auteur est pourtant coutumier, rien …
  • J’aurai envie de dire à Ken Follett : arrêtez de pondre des livres de 1200 pages si c’est pour qu’ils soient aussi mauvais. Choisir la facilité et vendre pour vendre n’a jamais fait les bons écrivains ! Où est passé le style léger et agréable de vos premiers romans ??? (Mais, c’est peine perdue : j’ai lu qu’il avait déjà fait presque 200 pages sur la 3eme suite des Piliers de la terre … Ça sent le pavé encore !!!)

Publicités

2 réflexions au sujet de « Aux portes de l’éternité – Ken Follett »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s