Le bal des poignards – 1. La dague des Médicis – Juliette BENZONI

41156682_9088240Pour ceux qui sont accoutumés à mon rythme de lecture, ils pourront juger que ce livre là a passé moins de temps que les autres sur ma table de nuit !

Entrons donc dans l’Histoire !

Tout commence à Florence, sous le règne du grand-duc Ferdinand 1er de Médicis. Pour ceux à qui ça ne dit rien, il est né en 1549 et mort en 1609. Il ressemblait à ça :

640px-Ferdinand_I_de_Medici

(Comment ça pas sexy Ferdinand ?!)

Il était marié avec la nièce du roi de France Henri III : Christine de Lorraine (z’allez voir qu’ils étaient assortis ces 2 là !)

Christine_of_Lorraine_MediciEt si vous avez des petites lacunes en Histoire, jetez un œil à cet arbre généalogique (on est en gros au milieu) pour y voir plus clair (on peut l’agrandir en cliquant dessus)…

arbre généalogique médicisVous comprendrez vite que la France et les Médicis, c’est une longue histoire ! Notre roman va s’occuper de la multiplier un peu !

La reine de France d’alors est Marie de Médicis (encore une !), la nièce de Ferdinand, surnommée la Grosse banquière par ses détracteurs, vous allez comprendre pourquoi …

0_Marie_de_Médicis_-_Frans_Pourbus_le_Jeune_-_Louvre_(INV1710)_-_(2)Elle est la seconde épouse du bon roi Henri IV (roi de 1589 à 1610) :

ME0000028586_3(portrait volontairement détendu, correspondant au ton qu’on lui prête dans le livre)

Seulement, entre ces 2 là, rien ne va plus … Henri qui est le tombeur de ces dames, est épris d’Henriette d’Entragues, marquise de Verneuil et la rumeur dit qu’il souhaite répudier la reine pour sa favorite… (Pour la petite histoire, nous apprenons au passage que la mère d’Henriette, Marie Touchet, était elle-même maitresse de Charles IX, donc maîtresses royales de mère en fille !!!)

CatherineHenriettedeBalzacdEntraguesLe roman rentre alors en jeu et se mêle savamment à l’Histoire : Ferdinand envoie Lorenza Davanzati à Paris pour épouser Antoine de Sarrance, fils d’un des meilleurs amis du roi, et ainsi redorer le blason des Médicis et du même temps le porte-feuille de tout le monde !

Cette Lorenza (accrochez-vous) est la petite-fille du grand-duc Cosme (vite vite la généalogie) de Médicis par sa mère qui en était la bâtarde. Son père était Bernardo Davanzati, celui-là même qui a racheté le Palazzo Davanzati de Florence :

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La petite vient de traverser une épreuve qui explique le titre du livre : son 1er promis vient de mourir assassiné par une dague ornée d’une fleur de lys en rubis accompagnée d’un mot : « Quiconque osera prétendre à la main de Lorenza Davanzati recevra la mort de ma main ». Glups, ambiance …

La voilà donc partie vers la France pour être à nouveau mariée, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. L’accompagne et veille sur elle, Filippo Giovanetti l’ambassadeur de Ferdinand en France.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais mais mais … Antoine de Sarrance est amoureux d’une autre : Elodie de La Motte-Feuilly et compte bien l’épouser. Son ami, Thomas de Courcy, l’encourageant dans ce sens.

Arrive la soirée de présentation de Lorenza à la cour et à Antoine… ainsi que LE rebondissement sur lequel tout le livre s’appuie ! Je n’en dis pas plus !!!!!

Mon avis ? Un roman absolument palpitant où l’Histoire et le roman sont si joliment mêlés qu’on ne distingue plus vraiment le vrai du faux !

J’ai recherché comme à mon habitude la part de réel, et au final, excepté celle expliquée plus haut, n’en ai pas trouvé plus que ça ! On peut dire que la trame générale de fond est là, mais que la broderie est très cohérente.

Parmi les familles citées, les Davanzati ont donc bien existé, mais Lorenza apparemment pas ! La généalogie des Médicis est bonne. Je n’ai pas trouvé trace de la famille de Sarrance, mais le village de Sarrance étant dans le Béarn, patrie d’origine d’Henri IV, il n’y a là rien de choquant …

village_sarrance

De même, la famille de Thomas de Courcy s’appelle Potier de Courcy, et le château de Courcy dont il est question à la fin du livre était celui de Bois-Corbon à Saint-Leu-la-Forêt  (enfin, je suppose ! Dans le livre il est dit à quelques pas de Chantilly, et c’est à 30 km donc …). Mais il a disparu, et je n’en ai trouvé aucune gravure…

Enfin, on retrouve également toute la clique florentine de la reine Marie avec notamment les très influents époux Concini …

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On sent ainsi parfaitement l’ambiance du Paris du début du XVIIème siècle.

Ajoutons à cela la plume si parfaite de Juliette Benzoni, on rêve presque d’avoir écrit chaque phrase tant le ton est toujours juste, léger, très agréable et facile à lire. Et autre chose primordiale : on rentre d’entrée de jeu dans l’histoire, on est happé dès les 1ères phrases !

Un tout petit extrait pris à la toute fin de ce premier tome, on y trouve Lorenza, le baron de Courcy et sa sœur Clarisse de Royancourt.

Quand, enfin, on le rejoignit, le baron Hubert, vêtu cette fois de velours brun avec fraise et manchettes d’un blanc irréprochable, faisait les cent pas, les mains derrière le dos, dans la salle où le couvert était dressé.

– Ah ! fit-il seulement en entendant arriver les deux femmes qu’il regarda approcher par-dessus les bésicles dont son nez était chaussé. Voilà donc notre invitée ? Soyez la très bienvenue, jeune dame !

Incontestablement, il ressemblait à son fils – ou plutôt son fils lui ressemblait ! C’étaient les mêmes cheveux roux mais panachés de gris et de blanc que l’on retrouvait dans la moustache et la barbe. Le même visage, encore que la fermeté des traits soit en voie d’affaissement, le même sourire à cela près que les dents n’étaient plus au complet ! – et sans doute la même taille si le dos, rendu un peu courbe par le jardinage et la lecture, avait pu se redresser. En revanche, les yeux différaient : le bleu outremer de Thomas faisant place à une couleur noisette, mais une pareille malice y pétillait.

Ayant pris la main de Lorenza, il la conduisit cérémonieusement à sa place avant de rejoindre la sienne et de déclarer :

– C’est gentil à vous d’avoir accepté de venir jusqu’ici. Sans cela, je ne vous aurais jamais vue et c’eût été dommage ! Diantrement belle, hein, Clarisse ?

– Hubert ! protesta sa soeur. On dirait qu’avec l’âge, l’éducation que l’on vous a donnée s’en va en charpie !

– Ne me fatiguez pas avec ça ! C’est justement un privilège de l’âge de pouvoir dire ce que l’on veut ! Je vous ai choquée, jeune dame ?

– Pas du tout !!! répondit Lorenza en riant.

– Là ! Vous voyez bien ! (Puis revenant à la jeune femme 🙂 Je disais donc que je ne vous aurais jamais vue ! Il faudrait me ficeler sur un cheval pour m’obliger à me rendre chez cette Verneuil ! Une vraie mégère ! Et capable de tout et de n’importe quoi ! Je n’ai jamais compris que « Nouste Henri » comme s’appellent les paysans, soit tombé si éperdument amoureux de cette teigne ! … Non, vous pouvez refermer la bouche, Clarisse ! Vous ne me convaincrez pas du contraire ! Comment réussissez-vous à la supporter, jeune dame ?

Pour résumer :

  • Une histoire cohérente qui nous fait naviguer entre Florence et Paris au début du XVIIème siècle.
  • Un style absolument parfait, limpide, très bien dosé, sans descriptions alourdissantes. La romancière Benzoni sait nous passionner dès le début ! Plongez-y, ce roman fait un bien fou !!!!!
  • L’héroïne est très attachante. Son fameux justicier protecteur anonyme nous arrange bien par moments, mais devient pesant lorsqu’il intervient à la dernière ligne de la dernière page ………
  • On sent se profiler le tome 2 vers la fin du 1er avec un dialogue surpris derrière un buisson : un dénommé Ravaillac serait le bras armé du duc d’Epernon, lui-même complotant avec la Marquise de Verneuil (si si, rappelez vous : une des maîtresses d’Henri IV !) pour assassiner le roi Henri IV juste après le couronnement de Marie de Médicis. Comme l’Histoire nous prouve qu’au niveau de l’espace-temps, on est bon, ça nous donne une idée de l’intrigue principale du 2nd opus … Mais reste à apprendre comment Lorenza va être mêlée à tout ça ! Affaire à suivre, donc !!!
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