Dans le lit des rois et des reines – Juliette BENZONI

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Ayé ! fini !!!

Il y a quelques mois j’écrivais ça : « Je l’ai commencé il y a peu et j’ai dejà beaucoup ri (ce à quoi je ne m’attendais pas !!!) : chose assez difficile à procurer au lecteur en parlant d’Ahura Mazda, Zeus, Auguste et j’en passe ! Pourvu que ça dure … »

Développons donc un peu tout ça, maintenant que le clap de fin de la couverture retombant sur la dernière page s’est fait entendre ! Mais difficile de résumer tant ce livre est varié et passionnant !

Etant néophyte en littérature Benzoniaque, je n’ai aucun élément de comparaison sur l’auteur et son style. Mais je persiste à dire qu’elle écrit de manière très légère, mettant des pointes d’humour pour éviter d’alourdir un sujet qui pourrait le devenir tant il est répétitif : c’est de nuits de noces royales dont on parle donc on sait dejà grosso-modo ce qu’on risque de trouver : « Tout le monde accompagne les souverains dans la chambre, on les regarde un peu, on les conseille souvent, et le lendemain matin on vient chercher les draps ! » houra ! et bien non seulement elle replace tout de même les choses dans leur contexte, mais elle arrive à faire passer son propre sentiment au lecteur : on voit direct les personnages qu’elle aime ou ceux qu’elle n’aime pas ! par exemple, le dernier chapitre (c’est encore frais !!) parle de Marie-Louise, eh bien, elle n’aime pas Marie-Louise, Juliette !!!!

L’organisation du bouquin est simple et pratique pour ceux qui lisent avant de dormir : les chapitres sont courts (5-6 doubles pages maxi, sauf peut-être Philippe Auguste qui est plus long !), chaque roi a son chapitre !.

Ces chapitres sont regroupés en grands thèmes :

  • Au commencement étaient les dieux (Marduk, Zeus, Amon, Divin Auguste, Alexandre … c’est pas le thème le plus passionnant !). Petite démo sur Zeus dont le chapitre est très drôle :

Il appartenait à Zeus, qui fut assurément le dieu le plus polisson et le plus inventif de tous les temps, d’établir le record absolu de la durée en matière de nuit de noces, un record qui n’est pas près d’être battu, car sa nuit de noces avec Héra ne dura pas moins de 300 ans ! (…) Car Héra et Zeus (…) avaient pour géniteur Cronos (le Temps) et Rhéa (la Terre) qui constituaient un couple assez mal assorti. Leurs grands-parents étaient Ouranos (le Ciel) et Gaïa (la Mère primordiale) avec lesquels avaient commencé le conflit des générations. En effet, chaque fois que Gaïa mettait un enfant au monde, Ouranos qui les détestait les renfonçait automatiquement dans le ventre de leur mère où ils ne tardaient pas à se trouver légèrement à l’étroit. (…) Par un jour d’hiver particulièrement froid, Héra était allée prendre un peu d’exercice dans la campagne quand, grelottant et transi, un petit coucou vint se percher sur son épaule. Apitoyée, la jeune fille le prit dans ses mains et le mit sous sa robe pour le réchauffer. C’était tout juste ce qu’il voulait, car le coucou n’était autre que Zeus qui inaugurait là son goût bien connu pour les métamorphoses amoureuses.

 

  • Sous les baldaquins couronnés, subdivisé en

– Les nuits résignées (traduire : le roi doit se marier, il faut y passer, alors on y passe … en soupirant !) : Louis XIV, Catherine de Médicis …

Les nuits réticentes (traduire : bon sang, faut vraiment y aller ??? j’hésite … pfffff) : Louis XIII, Henri IV …

Les nuits anglaises … et bizarres (la tout est dit : 2 souverains tarés mis en avant = 2 nuits barrées ! je vous laisse réfléchir sur les souverains tarés !)

Les nuits enthousiastes (traduire : oooooooooh elle me plaaaaait, vivement cette nuit !!!!):  Louis XII (très drôle d’ailleurs !), Napoléon pour le second round ! …

Les nuits dramatiques (traduire : il y a certes du sang sur les draps, mais pas forcément celui qu’on attend !!!) : Attila (c’était à prévoir en même temps !!!), Pierre le Cruel (sans commentaire !), Philippe de Saxe-Cobourg (bon, là, ok, rien ne laissait présager !)…

  • Dans le lit des reines, les amants. Là, en règle générale, comme le titre l’indique, ce sont les aventures extra-conjugales des souveraines qui sont mises en avant. Autant les rois ont droit d’aller où bon leur semble, autant pour les reines, il faut quand même, chaque fois ou presque, s’attendre à une fin tragique vu que ce sont elles qui portent les royaux descendants et on ne peut pas franchement se permettre d’avoir un roi fils du facteur … Les histoires sont plus développées que dans la 1ère partie : eh oui, il faut replacer les personnages, le contexte officiel et le contexte officieux, le déroulement de l’histoire et sa fin. Mais, puisqu’extra-conjugal, ce sont souvent des anecdotes méconnues (on traverse souvent la Manche d’ailleurs !) et ça donne des surprises sympas ! Mais on n’échappe pas au facile réchauffé inévitable comme Marie-Antoinette/Fersen, la reine Margot, ou Marguerite, Blanche et Jeanne de Bourgogne (mais siiiiiiii, rappelez-vous vos rois maudits !!!).

Ma chouchoute dans cette partie est Messaline, 4ème épouse de l’empereur Claude, qui rivalise de malice pour arriver à ses fins, c’est raconté avec toute l’espièglerie nécessaire à cette souveraine !!! Délicieux !!!! (Je n’inclus pas de citation tant le chapitre entier ne saurait être dissocié.) Bon, j’ai aussi appris là-dedans que Pierre le Grand était un gros c…….! Dingue non ? on le présente toujours comme un super grand tsar et tout et tout, mais il semblait rivaliser un peu avec Ivan le terrible !!!!! Sans oublier la famille Bonaparte-Beauharnais qui forme plusieurs chapitres (beau-père, femme/mère, fille !) très savoureux !!!

Petits morceaux choisis ?

Peu de dames couronnées peuvent disputer à Messaline la palme de la souveraine la plus dévergondée. Il semble pourtant que, sur le soyeux terrain des lits en désordre, Isabeau de Bavière l’emporte d’une grande tête. Peut-être parce qu’elle vécut beaucoup plus longtemps. Isabeau dont son petit-fils, Louis XI devait dire, employant pour la circonstance l’italien aussi pudique que transparent, qu’elle fut « una gran putana … », Isabeau ne fut rachetée par aucun grand amour et, en outre, elle mena la France à 2 doigts de l’abîme dont on ne remonte pas sans même imaginer un seul instant qu’elle n’en avait aucunement le droit. (…) A sa décharge (s’il peut s’en trouver une !), il est permis d’évoquer une dangereuse héréditer. Son père, le duc de Bavière, Etienne le Jeune, un Wittelsbach, avait épousé Taddea Visconti, fille du tyran de Milan, Barnabo Visconti. Ce Barnabo à qui l’on hésite à attribuer le titre de duc de peur de le déshonorer à jamais fut sans doute l’être le plus cupide, le plus fourbe, le plus dissolu, le plus inhumain et le plus cruel non seulement d’une époque cependant bien pourvue de spécimen analogues mais aussi de toute l’Europe. (quand je dis qu’on voit clairement les personnages que l’auteur aime ou non … Bon ben la, Isabeau, elle ne l’aime pas !!!!)

On peut être un soldat au cuir tanné par cent batailles, au cœur racorni par les horreurs de la guerre, avoir femme et enfants, la cinquantaine se profilant à l’horizon et ne plus croire en grand-chose sinon en soi-même … et puis se retrouver un beau matin petit et faible, presque timide en face du regard sans ombre d’une adolescente. C’est l’aventure qui advint à William de la Pole, comte de Suffolk, ambassadeur du jeune roi d’Angleterre Henry VI quand, un matin de mai de l’an 1444, il pénétra dans l’abbaye de Beaumont-les-Tours où 2 femmes l’attendaient. Et elle le prit totalement au dépourvu bien qu’il eût été prévenu de devoir rencontrer une authentique beauté. Il sait à présent qu’il ne sera pas l’ennemi mais le serviteur dévoué de cette enfant qui va devenir sa reine. (…) Quand vient, pour Marguerite, l’instant de mettre sa main dans celle de Suffolk, elle murmure avec l’innocente franchise de son âge : Je voudrais, mylord, que vous ne me quittiez plus…. (Les filles, franchement, vous ne fondez pas ????)

Enfin, conclusion du chapitre sur Sophie-Dorothée épouse de l’héritier de Hanovre, Georges-Louis (futur Georges 1er d’Angleterre) et Philippe de Koenigsmark :

Mais qu’importait, après tout, cette vérité posthume puisque demeure encore, tenace et troublant, le parfum de cet amour mort depuis si longtemps : Vous êtes parti depuis 6 jours et je n’ai pas le moindre mot de vous. Pourquoi ai-je mérité d’être traitée de la sorte ? Est-ce pour vous aimer jusqu’à l’adoration, pour vous avoir tout sacrifié pour vous ? L’incertitude où je vis est pire pour moi que la mort… Je suis née pour vous aimer et je vous aimerai jusqu’à mon dernier souffle… Et pourquoi pas jusqu’à la fin des temps ? …

Pour résumer :

  • Si apriori le titre annonce un livre pour fille typiquement, il fourmille d’anecdotes savoureuses et croustillantes, toujours bien amenées, pour éveiller la curiosité de tous.
  • Un style coulant, très facile à lire, presque « parlé » dans certains passages.
  • Le changement de personnage toutes les 5-6 pages pour les plus courts, 15-16 pour les plus longs donne de l’air à l’histoire. C’est une bonne manière d’aborder les choses, bien meilleure qu’un roman d’une seule traite.
  • Faire rire avec l’Histoire de France n’est-il pas le meilleur moyen de la faire retenir ???
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